Balla Kanté : mon père est décédé à 9h45

Le chanteur et musicien guinéen Mory Kanté est décédé d’une longue maladie ce vendredi 22 mai à l’âge de 70 ans, dans un hôpital de Conakry. C’est ce qu’a annoncé son fils, Balla Kanté, à un correspondant de l’Agence France-Presse ce vendredi. La musique africaine et plus précisément, guinéenne, perd un monument, avec la disparition de l’interprète du titre « Yéké Yéké ».

Mory Kanté s’est éteint « vers 9H45 ce matin à l’hôpital sino-guinéen », a dit son fils. « Il souffrait de maladies chroniques et voyageait souvent en France pour des soins, mais avec le coronavirus ce n’était plus possible », a-t-il ajouté. « On a vu son état se dégrader rapidement, mais j’étais surpris quand même car il avait déjà traversé des moments bien pires », a-t-il dit.

Mory Kanté, surnommé le « griot électrique », a contribué à populariser la musique africaine et guinéenne à travers le monde.

Après avoir quitté le Super Rail Band de Bamako, Mory Kanté a révolutionné dans les années 80 la musique ouest-africaine, en électrifiant son instrument et en ouvrant les musiques traditionnelles mandingues villageoises aux beats électroniques et aux « grooves » plus urbains.

« Yéké Yéké », sorti en 1987, s’est vendu à des millions d’exemplaires et a atteint les sommets des hit-parades dans de nombreux pays. Avec « Yeke Yeke », il a décroché en 1987 un tube planétaire et amené la musique mandingue sur les pistes de danse. Et l’album « Akwaba Beach » où figure cette chanson demeure l’une des plus grosses ventes mondiales dans le domaine des musiques d’Afrique noire.

Le grand public s’est ensuite lassé à partir de la décennie suivante d’un musicien employant toujours la même recette et ayant eu du mal à se renouveler. Malgré tout, Mory Kanté n’a jamais cessé de tourner. Il était une personnalité incontournable de la musique mandingue moderne.

Dans les années 2000, il s’était un temps orienté vers une musique plus acoustique, au sein d’un orchestre où prédominaient les cordes.

Dans « La Guinéenne » (Discograph), enregistré au pays, ce musicien a choisi la formule du grand orchestre, celle de l’âge d’or de la musique ouest-africaine moderne dans les années post-indépendances.

Ce disque, qui se veut un hommage aux femmes du monde, est une suite de mélodies mandingues entonnées sur des grooves occidentaux, aux accents funk, reggae, zouk, et un appel à « bouger ».

Les notes cristallines de sa kora (instrument à cordes pincées emblématique du Mandé) y sont soutenues par une rythmique basse-batterie endiablée, les salves d’une section de cuivres répondent au balafon, et le synthétiseur se marie avec la flûte peule.

Mory Kanté, maître de la kora et chanteur-griot à la puissante voix de tête, renouait dans « La Guinéenne » avec la formule du grand orchestre, chère à la Guinée des années 60-70.

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