TRIBUNE/Engagement citoyen d’artistes : le menu d’un cocktail d’opportunisme et de lâcheté !

L’histoire nous apprend que les révolutions citoyennes qui ont marqué le monde ont d’abord été menées à travers des expressions artistiques avant de céder la place aux actions populaires de terrain, comme pour dire que l’artiste reste toujours la voix des sans voix. Aujourd’hui, cette réalité est toujours d’actualité dans plusieurs pays en quête de bien-être social et politique. En Guinée, le constat est tout à fait contraire à la réalité à tel enseigne qu’on croirait qu’être artiste dans ce pays se résume à faire uniquement du griotisme histoire de se remplir les poches. Ce qui renvoi à se demander pourquoi l’engagement citoyen des artistes guinéens n’est-il pas effectif au point de profiter au bas peuple ? C’est la question qu’il faille se poser même si plusieurs événements historiques et récents tendent à répondre objectivement et très simplement à ce questionnement qui vaut tout son pesant d’or.

L’exemple de l’Afrique et du monde

Ne dit-on pas que l’habitude est une seconde nature ? En Guinée, la connaissance de ce dicton se transmet de génération en génération sans la moindre difficulté. C’est en tout cas ce que nous enseigne les différentes générations d’artistes qu’a connu le pays depuis la première république. Des artistes de la révolution aux artistes militants politiques en passant par les artistes d’éloges et spécialistes de chansons de paix, on en a vu de toutes couleurs et de toutes sortes sans pour autant avoir droit à de vrais défenseurs du droit des citoyens comme c’est le cas un peu partout en Afrique et dans le monde. En guise d’illustration, le mouvement Y’en a marre au Sénégal, le mouvement Balai Citoyen au Burkina Faso, le mouvement EndSARS au Nigeria, le collectif Justice pour Adama en France et le mouvement Black live matter aux Etats-Unis bénéficient tous d’un soutien de première ligne de leaders d’expressions artistiques qui n’hésitent parfois pas à prendre part ou même à initier des manifestations d’envergure partout où besoin se fait sentir.

L’inaction coupable

Depuis son accession à la souveraineté, la Guinée a connu des hauts et des bas tant sur le plan social que politique mais curieusement ce sont en majorité les heureux moments qui ont toujours été relayés dans la majorité des créations artistiques comme s’il n’y avait que ça à soutenir. Comme par hasard, il n’est pas rare de voir des projets de sensibilisation sur la paix foisonner à l’approche des élections ou en marge des crises mais seulement, rares sont les fois où ces mêmes artistes sont initiateurs de projets citoyens visant à favoriser la prise de conscience collective et au rétablissement des droits du citoyen. A chaque fois qu’il y’a des dérives autoritaires sur une couche sociale donné (violences des forces de l’ordre dans des quartiers ciblés, destructions arbitraires d’habitations et de biens, répressions de manifestants qui réclament de l’eau ou le courant…), très peu d’artistes engagés et toujours les mêmes pour ne pas dire aucun, sont capables de s’aligner derrière les victimes pour dénoncer les abus et appeler à la justice.

L’argument facile 

« Je suis artiste, je me concentre sur ma musique. Je ne parle pas de politique vu que je ne suis pas politicien » est la réponse derrière laquelle se cachent ces artistes qui n’hésitent pas à se ranger derrière les guinéens d’en bas dès qu’il est question de mobiliser pour faire le plein des concerts. De l’autre côté, on dénombre quelques artistes engagés qui tant bien que mal revendiquent et dénoncent à chaque fois qu’il le faut au point d’être taxés d’artistes partisans ou communautaires. Parmi eux également, on note la présence d’un autre groupe d’artistes qui pour sa part ne revendique et ne se positionne qu’en fonction de l’intérêt quitte à se définir opposant durant une décennie et basculer de l’autre côté dès qu’il y’a dessous de table. Le cas du mouvement Wonkhai 2020 en est une belle illustration de cet état de fait puisqu’il y’a eu éclatement quand il s’est agi d’intérêt personnel malgré tout l’espoir que ce collectif suscitait.  Du coté du Front National pour le Défense de la Constitution (FNDC), le peu d’artistes qui ont adhéré à ce combat brille par son absence dans les actions alors que le front avait au départ enregistré plusieurs adhésions d’artistes qui se reconnaissaient dans le combat.

L’espoir sur la nouvelle génération

A la lumière de ce qui précède, on comprend à quel point il est très facile de mettre sur pieds des projets de sensibilisation soutenus et financés par des institutions en faveur de la paix ou de la santé mais très difficile d’initier des projets citoyens avec pour but de favoriser le développement et le bien-être social. S’il suffisait donc de se fier à l’image que projette les artistes guinéens pour avoir une idée sur la définition réelle d’être artiste, je pense qu’on serait très loin du compte parce que la réalité artistique guinéenne est plus que malaisante. Espérons juste que la nouvelle génération saura réparer ce paradigme inactif pour le classer au rang de levier citoyen incontournable en matière de protection des droits humains de base.

Amadou II BARRY, chroniqueur musique & culture 

www.visionjeunes.com 

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